Notre-Dame-des-Landes c’est fini?

Barricade de bottes de paille pour ralentir l'avancée des forces de l'ordre. Notre-Dame-des-Landes, octobre 2012.

Le projet n’aura pas lieu... Alors Notre-Dame-des-Landes c'est fini ?
C’est probablement la lutte la plus symbolique des années 2010, qui démontre qu’une mobilisation enracinée sur le terrain a pas mal de chance de porter ses fruits.

Un second Larzac ? Cela restera dans les mémoires avec la même intensité. Même s’il ne faut pas tourner la page trop vite, car il y a encore une grosse inconnue vis à vis de l'avenir de la ZAD et de ses habitants. Ils vont probablement se retrouver confrontés très rapidement aux forces de l’ordre. Et l’on a vu avec l’opération César de 2012, comment la situation pouvait pourrir sur place. En effet, ceux qui vivent sur la ZAD n’ont que faire des décisions gouvernementales. Et comme leur motivation est décuplée par le sentiment d’avoir remporté la lutte, il y a peu de chance qu’ils cèdent un pouce de terrain aux forces de l’ordre. Ce sont les perdants que l’on chasse, pas les gagnants…

Militants constatant la destruction d'une cabane à Notre-Dame-des-Landes, octobre 2012

L’histoire est-elle donc véritablement sur le point de se terminer ?
Avance-t-on sur un modèle d’îlot anarchiste à la Exarchia à Athènes ou Christiania à Copenhague ?
Ou bien n’aura-t-on de cesse que le dernier zadiste ne quitte les lieux ?
Si c’est l’objectif du gouvernement, l’abandon du projet d’aéroport ne signe pas la fin de l’histoire, mais seulement la fin de la première saison.

L'autre solution qui se profile est de convertir la ZAD en Zone Agricole de Démonstration, et d'en faire un terrain d'expérimentation en agro-écologie. C'est une idée séduisante, mais cela nécessiterait probablement que les habitants de la ZAD entrent en terrain légaliste et acceptent de racheter le terrain à l'état. A ceci près que je vois mal des squats être convertis en propriétés... Le futur est ouvert donc, et un rendez-vous est donné le 10 février 2018 sur la ZAD de Notre-Dame-des-Landes pour fêter la victoire et préparer la suite... Je pense que le feuilleton n'est pas terminé!

Et les autres ZAD dans tout ça?

À Sivens dans le Tarn, les 3 hectares de zone humide terrassés pour le chantier de retenue d'eau ont été restaurés. Reste une zone déboisée qui est en l’état. Le projet de barrage lui, a été revu à la baisse avec une meilleur intégration des populations locales. La manière de faire est assez contestée.

À Roybon, en Isère, le projet "Center Parcs" de Pierre et Vacances a du plomb dans l'aile. Il y a eu des défaites juridiques, et la ZAD a fêté ses 3 ans d'existence malgré un soutient des locaux au projet de bulle tropicale.

Trois ZAD, d'échelle plus petite ont disparues me semble t'il :
La ZAD du bois du Tronçay, dans la Nièvre, a été victorieuse face au projet de scierie/incinérateur ERSCIA. Le projet a été recalé en conseil d'état. La Zad s'est auto-dissoute suite à sa victoire, à l'automne 2013.

Construction de cabane à la ZAD du bois du Tronçay (Morvan) Printemps 2013. Cette ZAD s'est autodissoute en octobre 2013, le conseil d'état ayant rendu un avis négatif sur le projet ERSCIA

La ZAD de Décines contre le grand stade de l'OL, en périphérie de Lyon, s'est faite expulsée et le stade a été construit pour l'Euro 2016.
La ZAD d'Avignon contre le contournement routier LEO.... Silence radio depuis 2015. Je pense qu'elle s'est aussi dissoute.
En Italie, les NO TAV contre la ligne de TGV Lyon Turin, pèsent toujours dans la balance, mais le modèle est un peu différent. Il n'y a pas de ZAD permanente à l'année, et un très bon soutient de la population locale.
Et enfin le Gros Morceau : Bure. La tension monte progressivement sur le site d'enfouissement des déchets nucléaire français. Il y a quelques temps on parlait de "Nouveau Notre-Dame-des-Landes". Un coup d'éclat a eu lieu a l'été 2016 : la mise à bas d'un mur déclaré illégal par la justice à accéléré le tempo. La pression policière y est très forte.

Opposants au projet CIGEO faisant tomber le mur d'enceinte du bois Lejuc sur la totalité du 1,4 km erigé. Plusieurs équipes constituées de 10 à 20 personnes selon la taille, mettent quelques minutes chacune à faire tomber chaque pan de mur. Bure 14/08/16

ZAD - Occuper pour protéger

Après deux ans d'interruption de mon travail au long cours sur les ZAD (Zones A Défendre) et autres contestations sur des grands projets d'infrastructure, j'ai repris ce sujet cet été à Bure, site prévu pour l'enfouissement nucléaire français ou les libertaires anti-nucléaires n'entendent pas laisser la main aussi facilement à l'ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radio-Actifs)
"La volupté de destruction est une volupté créatrice" Bakounine

Les opposants à CIGEO (projet d'enfouissement nucléaire) ont gagné une manche au mois d'aout. Le tribunal d'instance de Bar-Le-Duc a rendu illégal le défrichement en cours du Bois Lejuc par l'ANDRA. Cela rend impossible de poursuivre la construction du mur ceinturant ce même bois où les travaux pour l'enfouissement des déchets nucléaires à 500 mètres de profondeur doivent commencer sous peu.

Un appel à rassemblement des anti-nucléaire a été lancé mi-aout, et en l'espace d'un grand week-end, le mur long d'un kilomètre et 400 mètres a été détruit par des opposants survitaminés.
Depuis quelques mois, la médiatisation autour de Bure prend de l'ampleur, et les militants historiques voient venir de plus en plus de monde lors des appels lancés à la mobilisation. Il y avait plusieurs centaines de personnes ce weekend du 15 aout (300 à 400 selon Libération)

Terre Crûe / Éco-construction

Locale, bon marché, avec un impact environnemental faible, la terre crûe, utilisée depuis des millénaires, revient peu à peu en tant que matière première. Coup d’oeil dans le Nord Isère où une filière se structure.

Pisé, bauge, adobe ou torchis, les techniques de constructions en terre crûes sont multiples. Chaque technique requiert une terre aux caractéristiques bien particulière, plus ou moins argileuse, plus ou moins granuleuse. Comme elle est extraite localement, l’observation de l’habitat traditionnel dans votre région vous donnera un indice décisif sur les qualités de votre terre.

La terre crûe, en opposition à la terre cuite (comme les briques traditionnelles) ont un bilan énergétique bien meilleur lié à l'absence de cuisson, à l'origine locale et à l'absence de production de déchet.

Enduit en terre recouvrant une isolation en paille.

Principalement utilisée aujourd’hui dans la rénovation du bâti ancien, elle présente toutefois une alternative intéressante qui revient petit à petit au goût du jour. Certains architectes, comme Martin Rauch se réappropriant notamment le pisé, dont la texture à la fois lisse et granuleuse, l’aspect brut et le ton chaud, correspond assez bien aux goûts contemporain.

La nature collante de la terre argileuse est la texture recherchée pour le torchis. Le piétinement de celle-ci permet d'intégrer la paille au mélange.

En Isère, un département où l’habitat traditionnel est beaucoup basé sur le pisé, la terre crûe est poussée par des militants convaincus, avec à leur tête le laboratoire de recherche CRATerre de l’école d’architecture de Grenoble (ENSAG), Suivis de près par Amàco (pour Atelier Matière À Construire), qui met en avant un projet pédagogique et des formations basées sur les matériaux durables et locaux. À quelques kilomètres de là, le Domaine de la Terre, ce quartier construit dans les années 1980 est une expérimentation grandeur nature des différentes techniques de constructions en terre crûe.

Construction en pisé (Amàco) Batiment en adobe et pisé.